Qui est Hélène Martin, la seule commissaire-priseur de Martinique ?

« Adjugé, vendu! » ponctué d’un coup de marteau, rituel devenu familier pour la jeune martiniquaise, unique commissaire-priseur de l’île. La trentenaire a pris ses fonctions, il y a un an seulement. Portrait d’une femme mue par le travail.

À 32 ans, Hélène Martin manie le marteau avec dextérité. Pourtant, elle n’est ni mécanicienne ni tailleur de pierre. La pimpante trentenaire est commissaire-priseur. La seule en Martinique. Une profession encore confidentielle dont les tâches restent mal connues. « Les gens ne retiennent que le mot commissaire et en déduisent immédiatement que je fais partie de la police » , s’amuse-t-elle. Pourtant, il n’est aucunement question de forces de l’ordre. Hélène dirige des ventes aux enchères publiques, soit à l’initiative d’un particulier, soit dans le cadre de procédures légales comme une liquidation judiciaire. Passionnée par son travail, Hélène pourrait en parler pendant des heures « si on ne (l)’arrête pas » . Neuf années d’études et deux ans de stage pour en arriver là.

(Ti Fox/France-Antilles)

« FREUD AURAIT UNE BONNE EXPLICATION »

Après avoir envisagé les carrières d’archéologue, d’égyptologue, de journaliste puis de diplomate, le déclic a vraiment lieu en première année de droit à l’UAG, pendant un cours d’institution judiciaire « particulièrement barbant » , au cours duquel le métier de commissaire-priseur est succinctement évoqué. Trop brièvement pour Hélène, qui décide d’en apprendre plus. Elle assiste alors à des ventes aux enchères en Martinique et en métropole. Sa vocation se forge. Mais son amour des vieilles choses naît très tôt, dès sa petite enfance. « Freud aurait une bonne explication » , explique-t-elle avec humour. À une centaine de kilomètres de Poitiers, sa ville natale, la fillette se rend tous les week-ends chez sa grand-mère en Vendée. Une mythologie familiale s’était construite autour de cette vieille demeure de 18 pièces. « Le parquet grinçait. Il y avait une âme dans chaque pièce. Peu d’objets décoraient la maison mais ils étaient beaux, précieux pécuniairement et sentimentalement » , se remémore-t-elle.

Arrivée à 6 ans en Martinique, elle se souvient que cette « vieillerie » lui avait manquée. Malgré cette once de nostalgie, Hélène raconte, sourire aux lèvres, ses souvenirs d’école en Martinique. Ses premières années au Lamentin, puis ses années lycée à Schoelcher. Après son bac, elle fréquente les bancs de l’UAG. Cinq ans plus tard, elle en ressort avec un master en droit. Mais ce diplôme ne suffit pas. Les aspirants commissaires-priseurs doivent avoir aussi une licence en histoire de l’art, un cursus qui ne figurait pas encore au programme de l’UAG. Mais Hélène est une bosseuse. Depuis ses 16 ans, il n’y a pas eu un été où elle n’a pas travaillé. « Je n’ai jamais connu un mois de vacances à ne rien faire. » Alors, pour financer ses études en métropole, Hélène va pendant un an cumuler les jobs : barmaid, secrétariat juridique, correspondante de presse entre autres. Une fois sa cagnotte amassée, l’étudiante s’envole pour Paris, direction la Sorbonne.

Hélène dirige des ventes aux enchères publiques, soit à l’initiative d’un particulier, soit dans le cadre de procédures légales comme une liquidation judiciaire. (Wilfrid Tereau/France-Antilles).

L’ÉCOLE DU LOUVRE POUR UN ENSEIGNEMENT PLUS SOLIDE

A l’issue de sa licence, elle va même rempiler pour une année supplémentaire. Un an à la prestigieuse Ecole du Louvre « pour un enseignement plus solide, plus encyclopédique » .

Malgré un parcours brillant, l’étudiante martiniquaise affronte quelques préjugés quant à la validité de son cursus ultra-marin. Elle raconte qu’en détaillant son CV, un recruteur repérant son master obtenu à l’UAG lui lance :« Qu’est-ce qu’elle est mignonne avec ses cocotiers! Ce sera non, merci » . « Un incident isolé » , tempère Hélène. D’autant plus que la jeune femme, sûre de sa formation, loue à la première occasion la qualité de l’enseignement de l’UAG. Cette anicroche n’empêche pas la tenace étudiante de poursuivre son parcours. Après avoir brillamment réussi son examen (20 admis sur 140 candidats), elle enchaîne deux années de stages entre Paris, Lille et le sud de la France. La stagiaire embrasse l’univers des enchères : de la vente de matériel à Lille aux objets d’art à la maison Cornettes de Saint-Cyr à Paris. La vie trépidante de la capitale, les vernissages, les expos à gogo ne retiennent pas la Martiniquaise. « Tout le monde court après l’argent mais personne ne prend le temps de vivre » , explique Hélène. Elle ne veut pas passer à côté de l’essentiel : sa famille, ses amis et son île. La jeune femme blonde aux joues constellées de taches de rousseurs aime rappeler que sa mère est martiniquaise, « née entre la commune du Vauclin et du Marin » . Elle saute donc sur l’occasion de saisir le poste laissé vacant depuis de nombreuses années de commissaire-priseur pour revenir au pays. En février 2017, elle prête serment en présence de ses parents. Puis, en novembre de la même année, elle organise sa première vente. Pas encore de tableaux ou d’objets d’exception dans la liste des enchères pour l’amatrice d’art qu’est Hélène. Mais elle se montre optimiste, jugeant qu’« il y a largement de quoi faire ici. Nous avons de nombreux artistes talentueux qui méritent d’être cotés » .

Laurianne Nomel (stagiaire)

Parution France Antilles du 26/09/2018

2 commentaires

  1. Impulse Agency dit

    Bonjour
    N’étant pas accessibles sur votre site (Message d’erreur systématiquement Généré) pouvez-vous, s’il vous plait, me faire parvenir vos conditions générales par e-mail ?
    Vous en remerciant par avance
    Pascale Fabius
    Impulse Agency
    Guadeloupe

  2. Depuis le commissaire voutier,et la brillante idée de Bernard hayot d’organiser en guadeloupe chez Seat et en Martinique chez renault Automobile la plus grande vente aux enchères de Martinique.grace à ces deux dernières ventes ma cote est quand même montée de 90 à 113€/point.un Gra nd Merci à Héléne Martin qui prend le relais et que son « marteau » affine l’art (+ de 300 artistes en 2019)en martinique et nous fasse gagner du respect et prendre notre essort latant.
    [http://www.gensdelacaraibe.org/index.php?option=com_content&view=article&id=3533:vente-aux-encheres-doeuvres-dart-en-guadeloupe-et-martinique&catid=427&Itemid=200001]

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